❰ Back
Gallery
Share
 

Galerie Isabelle Gounod

13 rue Chapon, Paris
+33 1 48 040 480
mardi - samedi : 11h - 19h


Phone

Map

Website

Jeremy Liron : Tacet
Nov 25-Dec 23
Tacet C'est par cette indication que John Cage introduit la partition de son clbre 433. Le pianiste est son instrument, en position dattente, la salle mobilise un instant son attention ce qui va surgir du silence ou sen extraire, puis simpatiente. La pice sera compose de tout ce qui, un peu plus de quatre minutes durant, du plus ordinaire au plus tnu, viendra troubler ou habiter ce silence relatif, cette attente tendue. Faire taire linstrument, installer le silence comme les oracles traaient au ciel le templum dans lequel le passage dun oiseau deviendrait signifiant. Inviter considrer ce qui disparat dans lvidence. Contempler. Retenir le geste, comme celui de la vierge dans lannonciation que peignit Antonello de Messine ou dans la grande salle de Lascaux ces chevaux et ces vaches suspendus dans lespace et le temps, ou dans le quadrangle noir pos sur un fond blanc, et tout la fois le perant, que peignit Kazimir Malevitch un jour de 1915. Cest aussi la dfinition quAlexander Bain donna de la pense : un geste retenu, une parole ravale . Les paysages ont ceci de commun avec les animaux, dont Rilke voque le calme regard qui semble voir louvert, quils ne parlent pas. Et mme, quils opposent notre besoin de tout dbattre et de tout expliquer, cest dire de tout simplifier et soumettre au logos, un mutisme aussi vertigineux que lintensit de leur prsence. Dans le silence, dans leur silence, quelque chose sillimite. Jai toujours t incit aller vers ces marges, lcart du tumulte et de lagora. L o lon touche notre propre absence. L o lvidence impose de considrer calmement chaque chose sans pouvoir plus rien en dire. Hugo von Hofmannsthal a dcrit trs finement cette faillite du langage : un rteau abandonn dans un champ, un chien au soleil chacun de ces objets et mille autres semblables sur lesquels lil glisse dordinaire avec une naturelle indiffrence peut soudain revtir un caractre mouvant jusquau sublime, et que la totalit du vocabulaire mapparat infiniment trop pauvre exprimer . Les toiles et les sculptures rcentes poursuivent lexploration de ces qualits despace et de temps qui surgissent parfois dans lordinaire dun muret ou dune terrasse, dans les signes muets dune grille ou dun appareillage de pierre, dune haie darbres filtrant le ciel. Quelque soit leur laboration, chaque pice de lexposition semble laisser un blanc comme on dit dans la conversation, immobilisant laction pour laisser percevoir le lieu nu qui en marque la mmoire. Nulle action, nul allant, simplement lopacit contemplative. Le regard, caressant la surface du visible, parfois saccroche un nud qui chappe se nommer, levant un lieu dans lespace, un seuil peut-tre auquel les mots achoppent. Des images taisent les mots en nous, rsistent aux phrases qui voudraient les saisir et ne font jamais quen tter les contours. Lvidence vide ce quelle manifeste. Lexposition voudrait tmoigner de quelques-unes de ces images silencieuses dcoupes dans lespace du regard, en tre la partition. Jrmy LIRON, octobre 2017.